08 février 2008

Le mois de l'histoire des Noirs

Février est un mois commémoratif en l’honneur des populations noires qui ont dû vaincre l’esclavage pour gagner leurs droits civiques. Il est célébré en Amérique du Nord, en Afrique, en France, aux Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

L’origine de cette célébration remonte à 1926 lorsque Carter G. Woodson, un célèbre historien fils d’anciens esclaves en Virginie, choisit la deuxième semaine de février pour fêter le Negro History Week. Son plus grand rêve était d’intégrer l’histoire africaine dans les programmes scolaires. Cette semaine marquait également l’anniversaire de deux hommes qui ont beaucoup influencé la population afro-américaine : Frederick Douglass (ancien esclave affranchi) et Abraham Lincoln (président américain qui a abolit l’esclavage). La semaine fut étendue à un mois complet en 1976 lorsque l’Amérique fêta le bicentenaire de son indépendance. Le Canada a officiellement reconnu cet événement en 1995.

Au travers des activités organisées tout au long du mois dans divers pays, cette commémoration revêt un caractère linguistique puisque les Noirs contribuent de manière fondamentale à la francophonie.

Le thème de l’année 2008 est : "D'hier à aujourd'hui : une reconnaissance de notre présence, une affirmation de notre contribution".

Par ailleurs, il est intéressant de noter que 2008 marque le 175ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques, ainsi que le 400ème anniversaire de la fondation de la ville de Québec.

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07 février 2008

La musique haïtienne

En raison de sa population fortement illettrée, la littérature a toujours été réservée à une minorité instruite. En revanche, la musique est l’art populaire par excellence.

Les deux grands courants musicaux haïtiens sont "le compas" et "la musique racines".

La musique racines

Il s’agit d’un courant fortement imprégné de rythmes africains introduits par les esclaves noirs au temps de la colonisation. Essentiellement rurale et aux inspirations vaudou, cette musique fait la part belle aux instruments traditionnels comme le tambour. Les textes sont généralement en créole.

La musique compas

Ce courant a été élaboré au début des années 60 et a connu un grand succès dans les Antilles françaises, grâce à la popularisation de la variété internationale et aux labels américains qui se sont intéressés aux musiques "exotiques". Le compas est une musique urbaine, empruntant des rythmes dominicains et cubains mais se démarque par une influence espagnole moins prononcée.  Le tambour, la batterie, les cloches et les cymbales sont fortement utilisés. Depuis la dictature des Duvalier, le compas est devenu plus engagé et plus violent.

Le carnaval haïtien

En Haïti, le carnaval – hérité de la tradition catholique – demeure un temps de réjouissance populaire. Durant les dimanche de préparation, des groupes à pieds ou sur des chars déambulent dans les principales rues des grandes villes. C'est une sorte de "répétition" pour tester les compositions musicales qui seront jouées à l'occasion du carnaval. Puis pendant 3 jours, les communes prennent en charge les défilés quotidiens. Les participants se déguisent et les groupes musicaux portent fièrement les couleurs de leur quartier ou de leur ville. La musique rythmique (meringue) entraîne participants et spectateurs.  Si le carnaval de Port-au-Prince reste le plus international en attirant des spectateurs de tous pays, celui de Jacmel, au sud-est d'Haïti, est de plus en plus renommé en raison de sa créativité.

carnaval2007_19_2007

Le Festival International de Musique Haïtienne

Montréal compte une communauté haïtienne forte de 150 000 habitants, confinée principalement à l’est de la ville. Les Haïtiens-Montréalais sont membres de l’une des plus importantes collectivités francophones d’Amérique. En juillet 2006 et 2007, Montréal a accueilli les deux premières éditions du Festival International de Musique Haïtienne. Basé selon l’offre et la demande sur le marché haïtien, les têtes d’affiches de toutes les tendances ont été invitées à participer. 19 000 personnes ont pris part aux festivités en 2006, en provenance du Canada, des Etats-Unis, des Antilles françaises et d’Europe. En 2007, la participation est montée jusqu'à 30 000 festivaliers.

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06 février 2008

Mimi Barthélémy, raconteuse...

Éprise des langues française et créole, la conteuse haïtienne Mimi Barthélémy s’engage, corps et âme, pour son île natale.

Conteuse contée

Mimi Barthélémy a un parcours atypique. Elle quitte Port-au-Prince à 16 ans pour étudier à Paris, fait Sciences-po et suit son premier mari en Argentine, en Colombie et au Maroc. Pour cette titulaire d’un doctorat d’études théâtrales et cinématographiques, le conte joué et chanté s’est imposé peu à peu. Cette baroudeuse le dit elle-même : sa quête d’identité l’a poussée à se dépasser et à replonger au cœur de sa culture.

mimi

Le cri de Mimi pour Haïti   

Propos recueillis par Dorothée Coelho et Luc Chatel

Quel est l’état de la francophonie en Haïti ?

Le créole et le français sont les deux langues officielles. Le créole oral est enseigné dans les écoles primaires, mais les enfants ne savent pas l’écrire. Les professeurs, sous-payés, finissent malheureusement par sous-louer leurs classes à des analphabètes. L’apprentissage de l’écriture aurait permis aux élèves haïtiens de passer au français. Connaître cette langue leur permettrait de ne pas s’enfermer dans un créole typiquement haïtien. Or, l’enseignement du français est lui-même réduit à une heure par semaine. Il y a une pénurie alarmante en matière d’éducation. La francophonie tend à disparaître.

Que fait la France pour y remédier ?

Sur le plan économique, la France n’investit plus en Haïti depuis une dizaine d’années. Il n’y a plus aucune banque française sur le territoire. Les Haïtiens sont entièrement tournés vers les États-Unis. Sur le plan culturel, ce n’est pas mieux. L’Institut français de Port-au-Prince était complètement à l’abandon avant d’être entièrement détruit il y a cinq ans par les Chimères [groupes de mercenaires à la solde d’Aristide]. Depuis, il n’a pas été reconstruit. En octobre 2003, un rapport sur les relations franco-haïtiennes a été confié par le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, à Régis Debray.

Quel a été votre message à Régis Debray lorsqu’il vous a consultée ?

J’ai mis en avant certaines priorités. D’abord, l’enseignement de l’histoire d’Haïti dans les écoles françaises. Il faut informer sur l’esclavage et sur la contribution d’Haïti à la grandeur de la France. Ensuite créer une Maison d’Haïti sur le modèle de l’Institut du monde arabe ou de la Maison de l’Amérique latine. Je souhaite m’impliquer personnellement dans ce devoir de mémoire. Par les contes, je transmets une part de l’histoire de mon peuple.

Toute votre inspiration pour vos contes vient-elle de cette île ?

Ma vraie source, ce sont les Haïtiens. Le conte permet un échange, un dialogue avec eux, au bout duquel ils m’apprennent de nouveaux récits, de nouvelles histoires. À la campagne, je m’installe sur une place et je partage mes contes avec un public de fortune. Je me rends souvent aux veillées mortuaires qui sont l’occasion de rencontrer d’autres conteurs. C’est un moment de réjouissance. Les Haïtiens ont un lien particulier avec leurs morts. Il faut savoir les accompagner dans leur voyage. Mon dernier voyage remonte à mai 2003, pour le Salon du livre de la jeunesse à Port-au-Prince. J’ai été époustouflée de voir que, dans ce pays en grande difficulté, il y a toujours un désir d’apprendre et de lire.

Les conteurs s’emparent-ils de l’actualité ?

Il faut souvent attendre plusieurs années pour que les événements politiques et sociaux soient évoqués dans des contes. Le départ d’Aristide, par exemple, est encore trop proche. Cependant ma petite-fille de cinq ans nous a fait une improvisation au piano l’autre jour et le monstre s’appelait Aristide. Cette enfant qui vit en France a tout de suite intégré cet homme dans son monde. On peut alors facilement deviner l’impact d’Aristide sur l’imaginaire haïtien. Il y a un va-et-vient continuel entre la réalité et le merveilleux chez le Haïtien. C’est un pays de tradition orale où le conte est un moyen détourné pour dire certaines vérités dans les temps les plus difficiles.

Source : Témoignage Chrétien

Plus d'informations sur le site officiel : http://www.mimibarthelemy.com/

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05 février 2008

Attention : français menacé !

A Haïti plus peut-être que dans tout autre pays francophone, la langue française est menacée à tous les niveaux. Une étude du CNRS remarque même que la persistance du français "relève du miracle" en raison de l'utilisation croissante du créole (deuxième langue officielle) et de l'anglais. Le français a perdu son statut hégémonique depuis l'introduction du créole comme langue officielle en 1987, et la langue française est encore incomprise de la majorité de la population. Selon Jean-Marie Théodat, qui a conduit l'étude, "le français n'est ni tout à fait une langue maternelle, ni tout à fait une langue étrangère".

Un isolement géographique

Haïti se trouve au sein d'un archipel dont la majorité des locuteurs les plus proches géographiquement sont hispanophones (Cuba, Porto Rico) ou anglophones (Jamaïque, Bahamas, Iles Caïmans). A l'échelle américaine et Canada mis à part, Haïti est le seul pays à avoir le français comme langue officielle.

Un faible taux d'alphabétisation

A l'intérieur même du territoire, le français n'est généralement pas la langue maternelle mais une langue seconde qui s'apprend à l'école. 40 % de la population de plus de 15 ans est illesttrée, et l'enseignement actuel du français se résume en moyenne à 1 heure par semaine ! Aujourd'hui, seuls 10 % de la population haïtienne maîtrise réellement le français à l'oral et à l'écrit.

La mauvaise réputation du français

Sous la colonisation, le français était d'abord et avant tout la langue "des blancs", des "oppresseurs", à savoir les riches propriétaires d'esclaves, les élites locales et les administrateurs. Symbole de l'ancienne aliénation coloniale, le français est longtemps resté un instrument de ségrégation tandis que le créole était la langue des esclaves.

Aujourd'hui encore, le français est essentiellement utilisé dans l'administration, la politique et les fonctions de décision. Il a également la particularité d'être la langue de l'expression du pouvoir : les ordres sont écrits en français mais transmis en créole pour être opérationnels. Le créole est en effet la seule langue à être comprise par la totalité de la population.

La France n'est plus une destination à la mode

Même si la rupture avec la France a été radicale au moment de l'indépendance d'Haïti, la culture française a néanmoins persisté. Il était de bon ton, pour les aînés de famille, d'entreprendre un voyage à Paris pour y faire des études dans le but d'occuper des fonctions de notables une fois de retour au pays. Désormais, New York et Miami sont les deux destinations les plus prisées par les étudiants haïtiens qui y voient davantage d'opportunités.

La menace anglophone

Si le français symbolise l'oppression coloniale, l'anglais est devenu la langue de la promotion sociale des couches plus modestes. L'apprentissage de l'anglais apparaît comme un défi et une revanche pour ceux qui n'ont pas eu la chance de naître dans une famille aisée. Par ailleurs, les organismes anglophones fleurissent à Haïti, notamment les écoles privées proposant le programme scolaire des Etats-Unis et recrutant dans les quartiers populaires.

Restons optimistes

En plus du soutien de l'élite haïtienne qui n'a pas changé son mode d'expression, la langue française est également encouragée par des actions volontaires : la nouvelle génération d'auteurs, les missionnaires et l'Alliance Française en sont les premiers promoteurs.

Enfin, l'influence du Québec - plus sensible à la défense de la langue française que la France - est considérable. Le Québec joue le rôle de relais dans la diffusion des œuvres nationales. Depuis les années 70, un vivier intellectuel tahitien s'est emparé de Montréal. Les artistes y trouvent un soutien intellectuel et un lectorat inespéré. Les haïtiens font aujourd'hui cause commune avec leurs homologues francophones afin de sauvegarder leur patrimoine commun.

Espérons que dans un avenir proche, les haïtiens réussiront à trouver leur place dans ce pays bilingue - voire trilingue - et que le français ne soit enfin plus synonyme de déchirement social et culturel.

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04 février 2008

Haïti a mal à son Histoire

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Haïti est malheureusement davantage connue pour figurer au rang des pays les plus pauvres et les plus corrompus de la planète que pour sa culture et ses ressources.

L'île fut découverte en 1492 par Christophe Colomb qui la baptisa "Hispaniola". Les peuples natifs d'alors, les indiens Arawaks et Taïnos, refusent de se soumettre au joug espagnol et finissent par disparaître en totalité suite à la répression coloniale et aux maladies directement importées du vieux continent.

N'ayant pu asservir les indigènes, Espagnols et Français déportent alors des esclaves africains à Saint Domingue (ancien nom d'Haïti) pour y cultiver la canne à sucre, le café, le tabac et le cacao.

En 1791, les esclaves se soulèvent et massacrent la population blanche qui fait appel aux Anglais et aux Espagnols pour réprimer l'insurrection. La population noire proclame elle-même l'abolition de l'esclavage, s'organise, parvient à repousser les troupes européennes et dote Saint Domingue d'une constitution en 1801.

Napoléon Bonaparte envoie alors une armée afin de rétablir l'ordre et restaurer l'esclavage, mais les troupes haïtiennes déciment l'armée française qui quitte définitivement le pays, nouvellement nommé Haïti. Le 1er janvier 1804, le victorieux Dessalines proclame l'indépendance de la 1ère république noire. Haïti est également le tout premier pays à abolir l'esclavage de manière effective !

Déjà lourdement endetté pour avoir "monnayé" son indépendance en versant une colossale somme d'argent à la France, les gouvernements successifs exploitent la majorité paysanne et guident le pays à la dérive.

Profitant de l'anarchie et des ressources inestimables du pays, les américains occupent l'île à partir de 1915 en contrepartie d'une aide économique et financière, suscitant des mouvements de résistance qui finiront par pousser les américains au départ en 1934.

Depuis, Haïti est régulièrement secouée par les révoltes sociales et les coups d'état. En 1934, François Duvalier accède au pouvoir et se déclare président à vie. Les intellectuels et les classes les plus riches fuient Haïti, privant ainsi le pays de sa matière grise et de ses capitaux. Son fils lui succède à sa mort, puis la famille s'exile suite à un nouveau coup d'état qui aboutit à la présidence du Père Aristide, un ancien prêtre. Ce dernier est lui aussi déboulonné par les militaires et trouve refuge aux Etats-Unis. La communauté internationale décide d'un embargo d'une durée de 4 ans. Aristide retrouve la présidence en 2000 mais de violents affrontements entre les partisans du président et ceux de l'opposition ne cessent de s'amplifier. Les organisations internationales ne financent plus l'aide à Haïti en raison des violations des Droits de l'Homme, ce qui accroît encore davantage la misère de ses habitants. Le gouvernement d'Aristide se fait par la suite plus répressif : assassinats de journalistes, actions de bandes armées, manifestations qui se finissent dans un bain de sang etc.

En 2004, lâché par la France et les Etats-Unis, Aristide démissionne et l'ONU tente depuis de rétablir la stabilité et la sécurité dans le pays sous la présidence de René Préval.

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03 février 2008

Interview Zachary Richard

Aujourd’hui, et pour clôturer cette semaine consacrée à la Louisiane, une interview de Zachary Richard réalisée par le magasine canadien "Ryhtmes" (date inconnue) :

 richard

Zachary Richard est un être entier qui oscille souvent entre deux pôles. Le francophone d'Amérique bien connu se dit parfois plus à l'aise dans la langue anglaise. Il mène d'ailleurs sa carrière artistique dans les deux langues, fréquentant des univers professionnels différents. Ce sont là deux vies parallèles. De plus, ce musicien voyageur songe, entre deux hôtels, à son "home sweet home", mais sent l'appel de la route après trois jours chez lui. Il est un voyageur sédentaire. Enfin l'auteur-compositeur émérite, l'artisan fabricant de chansons, se libère de toutes contraintes quand il se met à la poésie. Mais en plus, par sa création, par sa réflexion aussi toujours active sur la situation des cajuns dans la Francophonie, Zachary Richard constitue sans nul doute une clé importante pour la compréhension du fait français en Amérique et probablement dans le monde entier.

Francophonie en partage

En mars dernier, Zachary Richard a été décoré par la ministre de la Culture du Québec de l'Ordre des francophones d'Amérique et, a été nommé, par le secrétaire d'État chargé de la Francophonie en France, officier de l'Ordre des Arts et Lettres de la République française. Tous ses honneurs ont été l'occasion pour le Louisianais de poursuivre sa réflexion sur ce que représente la Francophonie pour lui et sa communauté.

Rythmes : Qu'est-ce que la Francophonie ? Qu'est-ce qu'un francophone d'Amérique ?

Z.R. : Au départ, j'étais comme tous les Cajuns de ma génération qui étaient noyés dans une marée américaine. Le premier voyage que j'ai fait au Québec dans les années 70 a commencé à éveiller une partie de moi-même qui a toujours été là.

Pour moi la francophonie nord-américaine est une histoire partagée entre beaucoup de communautés. C'est une question qui me touche particulièrement en ce moment. Nous on se bat pour défendre la langue en Louisiane. Nous sommes dans une situation qui est probablement parmi les plus menacées par rapport à cette défense linguistique. Quand je pense aux francophones de Terre-Neuve, aux Fransasquois ou au Québec, je crois qu'il est quand même possible de s'entraider. Donc la francophonie, c'est cette histoire qu'on partage. C'est aussi une situation de menace qu'on partage et de difficultés d'identité culturelle et linguistique. J'espère que ça deviendra une espèce de lutte partagée.

Pour moi, la chose la plus importante pour les Cajuns de la Louisiane ¬- en plus du fait que cela soit très flatteur de recevoir un prix ¬- c'est de se faire reconnaître par le Québec. La Louisiane comme toutes les communautés nord-américaines francophones hors Québec ont besoin du Québec pour pouvoir se maintenir. La grande question qui se pose : est-ce qu'un Québec souverain sera mieux équipé pour nous aider ou s'il va nous abandonner ?

Pour nous en Louisiane, se sentir faisant partie d'une grande francophonie, c'est essentiel à notre survie. Mais la forme que ce soutien prendra, peut être plus ou moins positif et plus ou moins déterminant dans notre propre lutte. C'est évident que les Cajuns de la Louisiane et les Acadiens du Nouveau-Brunswick et les Franco-Colombiens, par exemple, sont confrontés à des situations absolument différentes. J'espère qu'à travers toutes ces différences, on arrivera à trouver une communauté de militants et de combattants pour s'entraider le plus possible.

Rythmes : En tant que Louisianais, comment percevez-vous le Sommet des chefs d'États de la Francophonie ?

Z.R. : La réalité étant vue essentiellement aux travers les lunettes américaines, les Cajuns ne sont même pas au courant de l'existence d'un tel Sommet. Ce sont des nouvelles qui ne les atteignent pas, sauf pour le milieu des francophones engagés. C'est déjà important pour nous d'avoir été avec un statut d'observateur à Hanoi. Je sais qu'en France, en Belgique et au Québec, il y a des gens qui se sentent très concernés par la francophonie en Louisiane. De notre côté, on se sent comme les quémandeurs de la Francophonie, nous n'avons rien à offrir et tout à espérer. Pour nous ces Sommets, le fait d'être reconnus, n'indique pas qu'on a une place à la table, mais qu'on est quand même là.

Anglais et Français : vies parallèles

Cap enragé, le premier disque francophone de Zachary Richard depuis plus de 10 ans, n'aurait pas été possible ou, en tous cas, n'aurait pas eu les mêmes couleurs, si le principal intéressé n'avait pas enregistré 5 albums en anglais durant cette période. Au Québec, ce disque a été couronné platine (100 000 exemplaires), et son auteur a reçu le Félix de l'artiste de la francophonie s'étant le plus illustré au Québec. De plus, cette francophonie a été vécue concrètement avec cet album d'un artiste cajun qui a été entamé en Acadie, enregistré en France et accueilli avec bonheur au Québec.

Rythmes : En cette période où l'on parle tant de faire tomber les frontières et que toute la planète résonne aux airs des mêmes grands noms comme Céline Dion, est-ce qu'un créateur comme vous doit tenir compte des différences culturelles selon les marchés ? Plus spécifiquement, comment naviguez-vous du marché anglophone au marché francophone ?

Z.R. : C'est évident qu'en chantant en anglais, j'ai accès au monde. Cela m'a emmené au Japon. Je vends plus au Pays-Bas qu'en France. Cap enragé n'est même pas distribué dans le ghetto francophone d'Europe. Je définis mon style anglais comme de la "roots music" américaine, je suis donc auteur-compositeur-interprète américain. Il y a quand même un circuit pour ça et j'ai accès à un marché mondial qui n'existe pas en français.

Mais en même temps, en chantant en français, j'ai accès à une partie de moi-même enrichissante, que je ne comptabilise pas en chiffres d'affaires. Je ne voudrais pas m'amputer ni de l'un ni de l'autre. C'est comme ça que je suis entier. C'est ainsi que, dépendant de la période, je penche d'un côté ou de l'autre.

Cap Enragé n'est même pas distribué aux États-Unis. C'est comme si j'étais tombé dans un grand trou. Cette année, pour la première fois depuis 1981, je ne participais pas au Festival de Jazz de Nouvelle-Orléans. Les gens se sont demandés où j'étais passé : là-bas il n'y a personne qui sait que j'ai du succès au Québec.

La dizaine d'années où j'ai joué aux États-Unis, c'était comme si j'étais disparu de la circulation au Québec. Les gens avaient oublié que j'existais. Ce sont deux mondes complètement parallèles. Je pense que ce serait éventuellement intéressant d'intégrer les deux et de pouvoir apprendre à mon public américain que j'ai une carrière ailleurs. Par contre cette fois-ci, je pense que la dynamique a un peu changé. Après l'impact de ‘L'arbre est dans ses feuilles’ dans les années 70, j'ai recommencé quasiment à zéro aux États-Unis. Maintenant, avec le succès de Cap Enragé ¬ même si ce n'est pas distribué aux États-Unis, les Américains vont, grâce à cette mondialisation, en entendre causer. Il s'agit de deux bateaux qui se dirigent d'une façon très différente avec le même capitaine, mais deux équipages et deux styles de navigation.

Fils de Dylan et de Kerouac

Récemment, Zachary Richard en a surpris plusieurs en acceptant de jouer le rôle d'un musicien polonais dans une télé-série québécoise, ‘Juliette Pormerleau’. Identifié avant tout à la chanson, l'auteur-compositeur louisianais est un artiste complet qui choisi aussi la poésie pour s'exprimer. La publication récente de son deuxième recueil de poésie, ‘Faire récolte’ est là pour en témoigner.

Rythmes : Est-ce que la poésie vous permet d'exprimer des choses que la chanson ne vous permet pas d'exprimer ?

Z.R. : Oui. Ce que je fais avec la chanson est très bien défini, c'est du "folk song". Il s'agit d'un style typiquement américain dans le sens continental du terme. Je suis le fils spirituel de Bob Dylan ou de Woodie Guthrie. C'est un style bien défini, avec des couplets et des refrains très mesurés. Il n'y a pas de liberté là-dedans, pour que ça sonne bien, il faut que ça rime plus ou moins.

Le travail d'auteur-compositeur est plus un travail de conteurs. Je conte, je crée des personnages. Je raconte des petits films de trois minutes. Je me sens très Sudiste américain avec un style régional très défini par un amour pour la campagne et l'utilisation du paysage comme d'un personnage : que ce soit le Nord canadien ou le lac Bijou, ces endroits apportent quelque chose à la narration.

Quand on dit "le Nord canadien", t'as pas besoin de dire qu'est-ce que c'est, ça évoque tout de suite quelque chose, pas forcément la même chose pour tout le monde, mais ça évoque tout de suite quelque chose. Donc, ça c'est très typique de la chanson.

En poésie, il n'y a aucune restriction, c'est la liberté. Si je suis le fils spirituel de Bob Dylan dans la chanson, je suis le fils spirituel de Jack Kerouac dans la poésie. Mais Bob Dylan est aussi le fils spirituel de Jack Kerouac. Je trouve ironique que le bonhomme qui nous a influencés tous le plus était un Canadien français et un voyageur. Je m'intéresse à l'histoire des voyageurs (en Amérique), au fait que le Français est passé à travers l'espace, mais ne l'occupait pas comme l'Anglais le faisait. Or, ce saint de la "beat generation" était un Canadien français.

Tout ça pour dire qu'avec la poésie, j'aborde des sujets que je n'oserais traiter dans la chanson. J'ai une liberté de forme, toujours en utilisant une partie des mêmes éléments que sont le rythme et le son qui sont aussi importants que le sens. Pour moi, la poésie doit être lue à haute voix parce qu'il y a un rythme, des sons, ce sont des incantations.

Donc, chanson et poésie font partie de la même famille. Ce sont deux cousins qui s'aiment beaucoup. Chacun permet de m'adresser à deux parties de mon expérience. La poésie, c'est une recherche d'expérience où je souhaite que le poète et lecteur vont pouvoir atteindre une sorte d'éveil.

J'ai découvert que si j'avais quelque chose à proposer c'est mon expérience louisianaise qui est peu connue et un parler cajun qui est extraordinaire et aussi inconnu en dehors de la Louisiane.

Propos recueillis par François Blain

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01 février 2008

Katrina ou la diaspora francophone

Nous savons tous que l’ouragan Katrina a ravagé le sud des Etats-Unis - plus particulièrement la Louisiane -  et qu’il fut également l’une des catastrophes naturelles les plus dramatiques sur le plan humain et financier en Amérique du Nord.

C’est le 29 août 2005 que la Louisiane et le Mississipi furent violemment atteints par ce cyclone de force 3. La Nouvelle-Orléans, ainsi qu’un certain nombre de villages alentours, ont été construits sur des pans de terre se trouvant en dessous du niveau de la mer, sous la protection de digues qui ont fini par lâcher en raison de la force exceptionnelle des vents. Les inondations ont été plus meurtrières que l’ouragan lui-même.

Voici une petite vidéo que j'ai faite il y a quelques mois à propos de cet événement qui m'a beaucoup émue (sur une chanson de Zachary Richard, "Le souvenir") :

Mais quel rapport avec la francophonie, me direz-vous ? C’est à la lecture d’un article rédigé par un journaliste de l’Associated Press que le lien entre cette tragédie et la francophonie s’est établi. Jugez par vous-mêmes :

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La Louisiane menacée de perdre son âme française

Par Jeff Donn
Semaine du 1 novembre au 7 novembre 2005

BOURNE, Massachusetts – Après le passage de l'ouragan Katrina, à l'heure de la reconstruction de la Nouvelle-Orléans, que va-t-il advenir de la population francophone de la Louisiane? Le risque est de voir disparaître à jamais un pan de ce qui faisait le charme si particulier de la Louisiane si ses communautés cajun et créole ne reviennent pas.

David Cheramie, directeur du Conseil pour le développement du français, craint que cela ne soit bientôt plus que le souvenir d'un monde disparu dans les cataractes de Katrina. Les francophones de Louisiane sont confrontés à ce qui est « probablement la pire catastrophe » de leur histoire, estime-t-il. « Nous pouvons reconstruire les digues, nous pouvons reconstruire les bâtiments. Mais est-ce que les familles vont revenir? »

Lorsque Katrina a inondé la Nouvelle-Orléans, nombre de Créoles et autres francophones ont fui, comme tous les autres, vers Houston, Atlanta, ou des hébergements provisoires dans tout le pays.

Un grand nombre s'était réfugié dans l'ouest de la Louisiane, au cœur du pays cajun. Mais moins d'un mois plus tard, l'ouragan Rita y semait à son tour la destruction, provoquant un nouvel exode.

Pour Barry Ancelet, professeur cajun spécialiste du langage et du folklore de l'Université de Louisiane à Lafayette, c'est un « coup dur »; « nombre de ces gens ne reviendront pas ». Tout en estimant toutefois que « nous avons survécu à beaucoup de coups durs ».

Depuis longtemps en effet, la « Louisiane française » s’accroche à son identité, maintes fois réinventée au cours de l'histoire et via des vagues de peuplement successives.

Ses origines diverses remontent aux premiers temps de l'Amérique, lorsque la Louisiane, colonie française, fut cédée à l'Espagne, puis vendue aux Américains. Il y a les Cajuns (ou Cadiens) descendants des paysans acadiens déportés du Canada par les Anglais, les Créoles noirs ou métisses issus de l'esclavage, venus des Caraïbes ou d'Afrique occidentale, les Créoles blancs, venus de France ou chassés de Saint-Domingue par la révolte des esclaves. Enfin, une partie de la population locale s'est francisée par assimilation.

Jusqu'au cœur du XIXe siècle, les francophones dominaient la vie et le gouvernement louisianais. L'État de Louisiane est d'ailleurs officiellement bilingue. Même si les dialectes, particularismes et traditions diffèrent, les communautés francophones ont en commun l'héritage d'une langue et d'une culture françaises, ainsi qu'une longue cohabitation et des générations de mariages ‘mixtes’.

Ils ont également le catholicisme en partage, la cuisine épicée, la musique rythmée, le sens de la famille et un fort esprit de résistance.

Tout cela n'a pas toujours suffi. Au siècle dernier, entre la dureté de la terre et l'hostilité de la société non-francophone, nombreux sont partis, à la recherche d'une vie meilleure, se fondre avec leurs racines dans l’American way of life.

D’autres prirent la fuite, déjà, devant les colères de la nature, les grandes inondations du Mississippi de 1927, ou l'ouragan Audrey 30 ans plus tard.

Dans les années 1990, les Louisianais se revendiquant d'ascendance française ne représentaient plus que 12% de la population. Aujourd'hui, le français ayant longtemps été banni des écoles, moins de 200 000 Louisianais parlent le patois cajun, le créole ou le français à la maison.

« Au fil des ans, cette langue est devenue une espèce en voie de disparition », explique Wilbert Thomas, Créole évacué de Louisiane, dans un camp militaire du Massachusetts.

Pour nombre de réfugiés, la Louisiane, c'est du passé. Gracie Beauvais compte bien rester en Nouvelle-Angleterre avec son fils. « Je sais faire le gumbo. Une fois que vous savez le faire, vous pouvez le faire n'importe où. » Le gumbo est un plat à base de chou.

Quant à Monique Verdin, qui se retrouve en Floride, elle envisage d'y rester, mais à regret. « La maison, c'est l'endroit où tout le monde parle français et pratique sa culture. Mais si les maisons ont disparu, tout cela est perdu », dit-elle.

Même les souvenirs sont perdus

Les photos, les meubles, emportés par les flots, enterrés sous la boue. Warren Perrin, cajun et l'un des promoteurs les plus ardents de l'héritage français de Louisiane, se désole de la destruction de la maison de sa mère, avec tous ses trésors historiques. « Maman est partie sans rien. Tous les souvenirs, les documents, les jouets d'enfant, disparus. » Même destruction au Musée acadien d'Erath, que Warren Perrin a fondé: trois familles hébergées temporairement dans l'annexe du musée après Katrina ont dû fuir à nouveau devant l'arrivée de Rita.

Si à la Nouvelle-Orléans, le Quartier français, en hauteur, a échappé au pire, certains disent que Katrina ne fera qu'accélérer la mort de l'authentique cuisine cadienne ou de la musique de Louisiane française. Dans la ville, il n'y avait déjà plus que 8% de la population à revendiquer des racines francophones. Et l'on craint qu'une reconstruction ‘à la Disneyland’ n'entame encore un peu plus l'âme de la French Louisiana. Pourtant, beaucoup d'irréductibles, irrémédiablement liés à leur terre par l'agriculture ou la pêche, reviennent chez eux dans le Sud de la Louisiane. Pour recommencer. « C'est leur vie, c'est ce qu'ils aiment. C'est leur propre espèce », explique Ron Miguez, cajun rentré à Abbeville pour y retrouver ses lieux familiers dévastés.

Gloria Perry, créole toujours réfugiée au Massachusetts, compte bien regagner elle aussi la Nouvelle-Orléans. « Il suffit de mettre un pied devant l'autre. Regardez ce que mes ancêtres ont fait » depuis le Grand Dérangement, la déportation des Acadiens.

Source : http://www.lexpress.to/

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Et l’on peut encore ajouter à cette diaspora francophone :

- la destruction de nombreuses écoles (et par voie de conséquence de manuels scolaires) offrant des programmes d’immersion linguistique,

- l’effondrement du tourisme (majoritairement français et canadien), les touristes ne voyant plus l’intérêt de visiter une région dévastée,

- le chômage lié aux 1 500 faillites d’entreprises (pour la plupart familiales) découlant directement des cyclones Katrina et Rita.

La nature elle-même aurait-t-elle initié un second Grand Dérangement ?

Posté par Emilie79fr à 16:41 - Amériques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 janvier 2008

Louisiane musicale

Violon, accordéon, frottoir. Tels sont les instruments à la base de la musique cajun et zydeco.

La musique cajun remonte au 19ème siècle, prend racine dans la musique western et country, et s'est développée essentiellement parmi la population blanche. Les Cajuns sont les descendants directs des Acadiens venus s’installer en Louisiane après le "Grand Dérangement" de 1755. Leur musique, au départ inspirée des ballades d'origine européenne, s'est peu à peu transformée et aborde désormais des thèmes directement liés à la vie quotidienne du Sud de la Louisiane. Chantée en français, ce genre musical accompagne surtout les bals entre voisins (les fais-do-do) et est l’expression du "bon temps rouler" ("let’s the good time roll"), sentiment fort partagé dans la région. Même si elle accepte des éléments de musiques créoles ou irlandaises depuis un siècle elle n’a pas beaucoup évoluée.

Voici un petit morceau de fiddle cajun. Au mieux, ça vous donnera envie de danser. Au pire, vous taperez du pied en rythme...

L'accordéon est l'instrument le plus populaire car ses sonorités sont suffisamment puissantes pour soutenir le brouhaha de la foule sur une piste de danse. D'origine germanique, il n'a été incorporé à la musique cajun qu'en 1925, après quelques remaniements pour l'adapter aux sonorités du fiddle (violon traditionnel cajun). Désormais, l'accordéon est indissociable de ce courant musical.

Cousin noir de la musique cajun, le zydeco naît dans les années 1950 de la rencontre de la musique cajun avec le blues noir : un blues chanté en créole et accompagné par l’incongru accordéon, auxquels s'ajoutent le triangle et le frottoir (ou "planche à frotter") pour donner du rythme. Clifton Chenier est le chef de file de ce courant musical. Le nom de Zydeco est un dérivé de "zaricot" tout droit sortie des paroles d'une ancienne chanson, "les haricots sont pas salés", dont voici une version:

Sources : http://www.lsue.edu/ et http://www.routard.com/

Posté par Emilie79fr à 22:01 - Amériques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 janvier 2008

L'usage du français en Louisiane

Environ deux cent trente mille Louisianais déclarent parler français : c’est la plus importante population francophone des États-Unis. En raison de son bannissement (lois de 1916 et 1931), la langue française n'a plus été transmise que de façon orale durant près de quarante ans. La diversité des parlers français de Louisiane explique leur vitalité au cours du temps mais aussi une certaine fragilité : leurs locuteurs, peu nombreux, ont longtemps formé des groupes sociaux qui s’ignoraient. Les historiens distinguent trois catégories principales de français : le français des colons blancs (proche du français standard, pratiquement disparu), le créole des Noirs issus de l’esclavage (vingt-cinq mille locuteurs), et le cadjin (dit aussi « cadien », et « cajun » en américain : deux cent mille locuteurs. Dans les années 1960, l’on peut dire que le français était en voie de disparition en Louisiane. Le CODOFIL, organisme d’État créé en 1968, gère par des accords internationaux environ deux cents enseignants.

jimmy

La langue cadjine

Venu en Louisiane avec les Acadiens du Canada, notamment à partir de 1765, le français cadjin, le plus usité des langages français de Louisiane, est naturellement hérité de l’ancienne langue rurale des paysans acadiens, d’origine majoritairement poitevine et berrichonne. La quasi-absence de l’usage de l’écrit a modifié progressivement la langue, qui a emprunté au passage de nombreux mots étrangers et s’est grammaticalement simplifiée, malgré cette créativité lexicale. C’est qu’à l’origine, le cadjin n’est guère une langue « savante » d’habitant de la ville, mais un parler intime et familial, distinct d’un anglais encore perçu il y a cinquante ans comme la langue « des Américains ». Cependant, l’enseignement de la langue française standard dans les écoles actuelles tend à modifier le parler cadjin traditionnel, et risque d’en affadir les caractères propres. En effet, le vocabulaire cadjin se distingue du lexique français jusque dans les termes quotidiens. Les pronoms personnels sont fréquemment neutres : « je » et « nous » remplacés par « on » ; « vous » remplacé par « ça ». Beaucoup de mots et de tournures sont en effet empruntés à diverses autres langues : indiennes et africaines, mais surtout anglaise, espagnole… et créole de Louisiane.

La langue créole

La langue créole est parlée en Louisiane depuis le XVIIIe siècle, et se serait diversifiée après l'arrivée des premiers esclaves Noirs. Le mot « créole » n'a été utilisé pour la désigner qu'à partir du XIXe siècle. À l'origine en effet, « créole » signifiait « né dans les îles de souche européenne », principalement en France ou en Espagne. Puis le terme s’est étendu aux enfants de sang mêlé africain et européen, nés en Louisiane. La langue créole de Louisiane possède un lexique en grande partie issu du français mais elle contient également des mots d'origine africaine, espagnole, indienne, anglaise… Sa grammaire n'est pas basée sur des langues africaines, dont l'influence se fait sentir plutôt dans le rythme et dans les tournures de la langue, mais plutôt sur des syntaxes européens. Quoique en voie de disparition, le créole se parle toujours en Louisiane. Il n'a pas bénéficié des mouvements de revitalisation comme c'est le cas du cadjin, car il est trop étroitement lié à l’histoire de l’esclavage. Ceux qui le parlent encore aujourd'hui sont âgés et les contextes de son utilisation se limitent au foyer et entre amis intimes. Il est usité au sud de la Louisiane, et l’on estime qu'il reste entre vingt mille et trente mille locuteurs », d'origine afro-américaine pour la plupart, mais aussi des Blancs. Les étiquettes utilisées par les autochtones pour se référer à ce parler révèlent son manque de prestige : « couri vini », « français nèg’ », ou « nèg’ » tout court.

Source : http://www.louisiane.culture.fr/

Posté par Emilie79fr à 18:30 - Amériques - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 janvier 2008

Zachary Richard, le militant

L'un des plus célèbres représentants et défenseurs de la culture francophone en Louisiane se nomme Zachary Richard. Auteur, compositeur, interprète et poète, il a appris le français grâce à ses grands-parents. Connu essentiellement en Amérique du Nord, il collabore régulièrement avec des artistes tels que Francis Cabrel ou Isabelle Boulay.

Mais laissons-lui la parole, il est plus à même de parler de la francophonie que moi !




En ce qui me concerne, je suis fan depuis déjà quelques années !

Plus d'informations sur la carrière et les actions de Zachary Richard sur son site officiel : cliquez ici.

Posté par Emilie79fr à 17:39 - Artistes francophones - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



 

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